Jamais trop tard pour devenir végétarien
Née en 1915, c'est en 1985 seulement que j'ai abandonné la consommation de viande. Et cependant … lorsque j'étais enfant, ce n'est pas sans difficultés que ma mère a réussi à me faire accepter ce qu'elle croyait être un aliment indispensable à la santé.
Chaque jour, durant le dîner, elle insistait pour que je mange ma petite ration de viande : "si tu ne la manges pas" me disait-elle, "tu seras malade". Je la voyais très inquiète et j'essayais, pour la satisfaire, d'en avaler quelques morceaux. Nous habitions près d'une pâtisserie, et comme elle estimait que je n'avais pas assez mangé, elle me donnait un peu d'argent pour y acheter un petit dessert (quand elle n'en avait pas préparé elle-même).
Au fil des années, cela s'est arrangé, il fallait être raisonnable puisque c'était aussi nécessaire que notre pain quotidien ; je dirais aujourd'hui que la mauvaise habitude était prise. Et c'est selon cette mauvaise tradition familiale que j'ai élevé mon fils …
…C'est donc tardivement que j'ai opté pour le végétarisme et je regrette infiniment de l'avoir si longtemps ignoré.
Lorsque nous avons appris l'arrestation de trafiquants d'hormones, employées pour l'élevage du bétail, j'ai de suite décidé de supprimer la viande, car on la disait "cancérigène".
Je me trouvais toujours sous le choc de la perte de mon mari, emporté par … une longue et pénible maladie … Nuit et jour j'avais été le témoin impuissant de ses souffrances ; j'en étais très déprimée.
C'est pourquoi, lors d'une consultation chez le médecin qui l'avait soigné, je lui ai demandé ce qu'il pensait au sujet de cette viande trafiquée. Il me répondit qu'à son avis ce trafic ne s'arrêterait jamais et il m’a recommandé de ne jamais manger le foie, ni l'endroit où la bête avait été piquée ! … Vous allez probablement sourire, chers lecteurs, et vous penserez comme moi … c'est impossible !… Je lui dis alors : "mais docteur, j'ai appris récemment qu'il y a des végétariens, des gens qui ne mangent pas de viande". Sa réponse fut très vague, pleine de mystères : "oh oui mais…" Que voulait-il dire ? Ce régime était-il trop difficile à appliquer pour des non scientifiques ? Ne voulait-il ou ne pouvait-il rien dire ? Ou bien ne connaissait-il pas les bienfaits du végétarisme ?
Heureusement, quelques jours plus tard, j'ai eu la grande satisfaction d'assister avec mon fils à une conférence sur le végétarisme ; j'ai alors eu connaissance de tous les dangers de la viande, non seulement lorsqu'elle est hormonée, et j'ai surtout appris comment pratiquer le végétarisme de façon équilibrée. Ce fut pour moi une révélation.
J'étais convaincue et convertie pour le reste de mes jours. Je devrais dire : nous étions convertis, car mon fils ne voudrait plus consommer un seul gramme de viande, non seulement pour préserver sa santé mais par pitié pour ces pauvres animaux exploités et torturés bien à tort, condamnés à mort avant leur naissance, pour le profit qu'ils représentent.
Mais, hélas, le temps passe très vite, on ne peut malheureusement arrêter les aiguilles …20 ans déjà durant lesquels j'ai consulté de nombreux livres, car, si le végétarisme est mon idéal, mon bonheur de pouvoir se nourrir sans faire souffrir, la diététique est ma passion. Et c'est ainsi que j'ai aussi supprimé le beurre, les fritures, les margarines hydrogénées, les huiles non biologiques, le sucre et le sel raffinés, le pain blanc, le café, tout ce qui peut nuire à la santé. Je me porte bien, pas d'hypertension ni d'excès de cholestérol, j'accomplis mes tâches ménagères comme je l'ai toujours fait : cuisine, vaisselle, nettoyage, repassage, et en plus je prépare des jus de légumes et de fruits, des graines germées, des pâtés végétaux ; je comble mes loisirs par d'intéressantes lectures.
Grâce au végétarisme je n'ai aucune raison de me plaindre, mais peut-on encore parler de réel bonheur lorsque l'on songe à toutes les souffrances infligées aux pauvres animaux.
Je terminerai en laissant à votre réflexion les phrases suivantes extraites du livre "Vivre Sain" de Raymond DEXTREIT : "Il est banal d'entendre dire, écrit le docteur KALMAR, "Puis-je manger du mouton ? Que dois-je manger de préférence, du veau ou du bœuf ?" La sensibilité est à ce point émoussée qu'on ne perçoit même pas ce qu'il y a d'horrible dans de tels propos. Car, à l'arrière plan il y a le sang répandu, et tout cela suppose des assassinats commis au nom d'un pseudo-besoin physiologique. Il est vrai que dans un monde où des millions d'hommes sont périodiquement assassinés sans motif, les flots de sang des animaux ne sauraient émouvoir. Et pourtant, c'est dans les abattoirs et les boucheries que se préparent les guerres car c'est là que l'on tue la sensibilité. C’est le prélude à la tuerie des hommes.
Pour notre santé et pour un monde meilleur, soyons tous végétariens,
ANNE LEBLANC-LESOIL.
Source: Revue végétarienne belge francophone