"Pour sauver la planète, travaillons avec la nature"

Publié le par pierre eric

 

   
 
  Photo : Pour Suren Erkman ''L’écologie industrielle s’inspire de l’écologie scientifique pour réfléchir à l’évolution - et à la survie - du système économique dans son ensemble.'' - Crédit : Université de Lausanne
 

Suren Erkman, professeur d’écologie industrielle à Lausanne, jette un pavé dans la mare : inutile de se focaliser uniquement sur le réchauffement climatique. Pour sauver la planète, il faut repenser entièrement le développement industriel. En s’inspirant de la nature.

Eté 2007. Les extrêmes météorologiques laissent à nouveau penser que la Terre a perdu la boule. Sur le banc des accusés: le changement climatique. En Suisse, Moritz Leuenberger vient de présenter un programme en 26 points pour promouvoir le recours aux énergies renouvelables et diminuer la consommation d’énergie. Mais est-ce suffisant ? Suren Erkman, professeur d’écologie industrielle à l’Université de Lausanne et à l’EPFL, est convaincu qu’on peut concilier les besoins des industries - et des consommateurs - avec les contraintes de l’environnement. Mais à condition de changer en profondeur le système économique actuel. Comment ? En rationalisant la consommation d’énergie et de ressources en s’inspirant des écosystèmes. Rencontre avec un iconoclaste.

Info Sud : La dénomination d’écologie industrielle paraît une contradiction dans les termes. De quoi s’agit-il ?

Suren Erkman :
C’est une nouvelle stratégie de développement, qui prend pleinement en compte les limites de notre planète. L’écologie industrielle s’inspire de l’écologie scientifique pour réfléchir à l’évolution - et à la survie - du système économique dans son ensemble. Par industriel j’entends ici la totalité des activités économiques. A partir des années 50, on a systématiquement opposé l’environnement à l’industrie, ce qui a conduit à une confrontation idéologique de plus en plus stérile entre les défenseurs de la nature et les milieux économiques. L’écologie industrielle tente de dépasser ce blocage.

Info Sud : L’industrie devrait en somme s’inspirer de la nature. Mais comment ?

Suren Erkman :
Très souvent, le système industriel moderne gaspille les ressources de façon futile, alors que les écosystèmes naturels les réutilisent et les recyclent. Concrètement, au lieu que dix entreprises dans une région donnée s’ignorent et utilisent des ressources séparément, elles peuvent rechercher des synergies entre leurs flux de matières et d’énergie. Par exemple, les déchets des unes peuvent devenir des ressources pour d’autres. Pour les entreprises, c’est un enjeu économique de taille, car cela coûte moins cher de vendre leurs sous-produits à d’autres plutôt que de payer pour les éliminer. De telles synergies montrent qu’il est possible de diminuer l’impact sur l’environnement tout en conservant une économie compétitive.

Info Sud : Et dans les faits, ça donne quoi ?

Suren Erkman :
L’exemple le plus classique est la ville danoise de Kalundborg. Des entreprises s’y échangent de la chaleur perdue, des eaux usées, de la vapeur, de l’acide sulfurique, du gypse… Ce dernier, déchet d’une centrale électrique, permet de fabriquer des panneaux en plâtre. A Genève, le projet Lac - Nations utilise l’eau de la rade pour rafraîchir les locaux en été et les chauffer en hiver, avec des pompes à chaleur. Pour l’instant, cela concerne quelques bâtiments, dont le siège de Merck-Serono, mais à terme cela devrait toucher tout le quartier Nations. La technique est ancienne, mais la nouveauté est que l’Etat joue ici le rôle de catalyseur pour une planification énergétique à l’échelle d’un quartier.

Info Sud : Quelle différence avec d’autres initiatives existantes, comme le protocole de Kyoto, qui demande aux pays riches de limiter leurs émissions de gaz à effet de serre?

Suren Erkman :
L’écologie industrielle propose une approche beaucoup plus large. La récente focalisation sur le CO2 me paraît excessive, et même inquiétante si elle conduit à reléguer au second plan d’autres problèmes environnementaux. Réduire notre dépendance aux combustibles fossiles est évidemment une bonne chose. A cet égard, les 26 proposition de Moritz Leuenberger constituent un compromis minimum, sans grandes innovations, focalisé sur le CO2 et la politique énergétique. Ne nous leurrons pas, les engagements pris dans le cadre du Protocole de Kyoto ne vont pas suffire à empêcher les changements climatiques. Les pays émergents, notamment l’Inde et la Chine, ne renonceront pas à leur développement. Quant au marché du CO2, il est en passe de devenir un business de grande ampleur. Il ne faut pas donner des illusions aux gens : ce n’est pas en payant quelques francs supplémentaires sur les billets d’avion que nous allons sérieusement réduire les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Par ailleurs, d’autres problèmes environnementaux sont au moins aussi graves et urgents que le réchauffement du climat !

Info Sud : Lesquels ?

Suren Erkman :
La destruction des forêts primaires, qui se poursuit à grande échelle. Et surtout, la dégradation des sols. L’homme dépend des sols, mais il est en train de les détruire, par le développement urbain et par certaines formes d’agriculture industrielle. Soit dit en passant, il n’est pas certain que l’agriculture bio constitue une solution à grande échelle. Un autre problème préoccupant est l’empoisonnement progressif des écosystèmes par d’innombrables produits chimiques, comme les pesticides, les médicaments, les détergents, etc. Ce sont autant de risques potentiellement graves pour les écosystèmes et la santé humaine.

Source: www.infosdelaplanete.org
, Planète Urgence
 
 
Publicité

Publié dans Environnement

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article