14ème session de la conférence des parties
La Haye (Pays-Bas)
mardi 5 juin 2007
Le grand marchandage de la faune s’accentue…
Le Mozambique double son quota de chasse aux léopards !
Mardi, le Mozambique a demandé à la Conférence des Parties d’augmenter son quota d’exportation de trophées de chasse et de peaux de léopard à usage personnel, pour le faire passer de 60 à 120 léopards. Dans son document présenté à la CITES, le Mozambique reconnait qu’il « existe peu de travaux de recherche sur l’état, la distribution ou l’écologie du léopard au Mozambique. Les tentatives d’évaluation de l’état de l’espèce dans un aussi grand pays, doté d’une si grande diversité de types d’habitats et de conditions climatiques et physiques, ne peuvent s’appuyer sur aucune étude pratique détaillée. »
Ainsi, l’estimation de la population de léopards au Mozambique varie de 20 000 à, seulement, un peu plus de 3 000 individus. L’espèce étant en déclin, la Fondation Brigitte Bardot s’est positionnée contre la proposition du Mozambique… Position isolée puisque l’Allemagne, au nom des 27 Etats membres de l’Union européenne, a été la première à prendre la parole pour soutenir la proposition, comme l’ont fait le Japon, le Botswana, l’Afrique du Sud, la Tanzanie, le Zimbabwe et la Zambie. Seul pays à s’être opposé : Israël. La proposition a été adoptée par consensus…
L’Ouganda veut abattre 28 léopards pour la « chasse sportive »…
Après le Mozambique, c’est au tour de la république de l’Ouganda de demander à la Conférence des Parties d’autoriser un quota annuel de 28 léopards « à seule fin d’autoriser la chasse sportive pour les trophées et les peaux à usage personnel, pour être exportés comme objets personnels ». Là encore, l’Union européenne est intervenue pour soutenir la proposition de l’Ouganda tout en reconnaissant un manque d’information sur les populations de léopards en Ouganda (aucune étude récente)… Comme l’UE, le Pakistan, la Namibie, la Tanzanie, le Japon, l’Afrique du Sud, le Zimbabwe et la Zambie ont apporté leur soutien à l’Ouganda. La République Démocratique du Congo également tout en faisant part de ses craintes quant à ses propres populations de léopards (frontière commune) qui pourraient être braconnées et dont les trophées pourraient être transmis à l’Ouganda. Là encore, seul Israël s’est opposé à la proposition… Ce qui n’a pas empêché l’adoption de la proposition par consensus !
Quotas d’exportation de rhinocéros noirs pour l’Afrique du Sud et la Namibie
La séance du 5 juin s’est achevée sur la proposition du Kenya de réexaminer les quotas d’exportation annuels de cinq trophées de chasse de rhinocéros noirs pour la Namibie et cinq pour l’Afrique du Sud, approuvés lors de la 13ème session de la Conférence des Parties (2004).
Le rhinocéros noir est inscrit à l’Annexe I et se trouve dans la catégorie « en danger critique d’extinction » (UICN 2002). Sa population sauvage a décliné de près de 90 % en soixante ans ! Les menaces comprennent le braconnage pour le commerce international de la corne de rhinocéros (utilisée pour des remèdes traditionnels chinois mais aussi pour des raisons « décoratives »).
Le Kenya justifie sa demande par de nouvelles données concernant les populations de Namibie et d’Afrique du Sud qui ne peuvent supporter le quota de trophées de chasse accordé lors de la dernière session de la Conférence des Parties. Elle appuie également sa démarche par les conséquences dramatiques du commerce des cornes de rhinocéros qui entraîne une recrudescence du braconnage, notamment au Kenya où des gardes sont tués chaque année dans leur mission de sauvegarde des espèces menacées.
La proposition du Kenya, soutenue par la Fondation Brigitte Bardot, rencontre une forte opposition notamment de l’organisation internationale WWF qui considère que « l’état critique de certaines populations de rhinocéros noir ne peut pas être attribué à l’existence de quotas de trophées de chasse en Namibie ou en Afrique du Sud » mais aussi des Etats, à commencer par l’Afrique du Sud et de la Namibie qui rejettent très violemment la proposition du Kenya, mais aussi le Botswana. Seuls pays à avoir pris la parole pour soutenir la proposition du Kenya : la République Démocratique du Congo et le Rwanda. La proposition est soumise au vote… 81,25 % des votants rejettent la proposition du Kenya, 18,75 % la soutiennent et 11 pays s’abstiennent… Les chasseurs, européens pour la plupart, pourront donc venir tirer le rhino en Afrique « pour le plaisir » !